Le Ragondin Furieux

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Qu’est-ce que la modernité ?

Qu'est-ce que la modernité ?


Extrait de l'ouvrage de Paul Aries : La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance

 Moishe Postone donne des outils pour comprendre cette modernité qui nous assassine. A partir d'une relecture du Marx, à la lumière d'une critique radicale des théories marxistes traditionnelles et du « socialisme réellement existant » (Temps, travail et domination sociale, Mille et une nuits, 2009), le philosophe canadien, en conclut que le capitalisme ne se définit pas par le marché ou l'essor des forces productives, mais par l'instauration d'une interdépendance sociale au caractère totalement impersonnel. Moishe Postone invite, de ce fait, à déplacer la critique habituelle du capitalisme. L'exploitation ne correspondrait plus aux critères traditionnels du marxisme, avec notamment ces fonds de pension, où chaque salarié devient actionnaire exploiteur. La domination serait toujours plus sociale et abstraite (pouvoir politique, publicité, etc.). La destruction de la planète serait enfin un autre angle obscur des théories traditionnelles.

Il ne s'agirait plus de lutter seulement contre l'exploitation et la domination, mais contre la mort. Celle du sujet humain. Celle de la société. Celle des ecosystèmes. Marx devrait, de ce fait, être compris non comme le théoricien du capitalisme mais de cette modernité. Cette dernière ne serait pas un stade d'évolution vers lequel tendraient toute société, mais une forme spécifique de vie sociale trouvant son origine en Europe occidentale. Moishe Postone réalise, sur cette base, une critique magistrale du marxisme officiel selon lequel les forces productives seraient bloquées par les rapports sociaux capitalistes, car, dans ce cas, ce mode de production devrait être compris comme un procès purement technique, ce qui ferait que le noyau de la critique deviendrait le mode de distribution : « cette assertion peut sembler paradoxale parce que le marxisme est considéré comme une théorie de la production (....) si les forces productives sont identifiées au mode de production industriel cela signifie que ce mode de production est compris comme un procès purement technique intrinsèquement indépendant du capitalisme ».

Le marxisme officiel serait incapable de remettre en cause le capitalisme, car il continuerait à considérer le travail comme une catégorie universelle, et non pas comme une catégorie indissolublement lié à la marchandise et devant être supprimée avec elle. Le travail capitaliste est ce qui vient se substituer aux rapports sociaux, sans en créer de nouveaux, car pour qu'il puisse exister un vrai rapport social, cela suppose, d'une part une volonté des parties et, d'autre part, de faire société (création d'une société durable). Le marxisme officiel serait tout autant incapable de remettre en cause le mode de distribution (distribution/consommation) capitaliste, puisqu'il échouerait à en comprendre la nocivité, faute de voir en quoi le capitalisme ne peut faire société.

La modernité dont le peuple ne veut pas serait d'abord celle d'un monde qui ne saurait faire société, un monde incapable de satisfaire les conditions de civilité minimales. La modernité serait bien, à cet égard, une barbarie. J'ai pu ainsi dans Le Retour du Diable développer le concept d'indistinction barbare qui permet, selon Alain Bihr, de penser ce qu'il y a de commun entre McDonald's, les sectes sataniques et la pédophilie. Cette indistinction barbare peut être comprise comme ce qui sape les conditions anthropologiques de l'humanité : indifférenciation générationnelle et sexuelle (Pierre Legendre) et refus des distinctions humains/objets, humains/animaux, etc.



06/07/2010
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