Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

Henry IV, et la présence des Hollandais.

Henry IV, et la présence des Hollandais.

       

        

        

         Malgré les débuts difficiles d'Henry IV au cours desquels le trône de France vacilla, peu à peu les choses s'arrangèrent avec sa gestion dynamique du royaume, bien aidé en cela par son ministre Sully. Dans la nouvelle remise en état du pays, il fut question de la reconstruction du marais Poitevin qui avait laissé de si bons souvenirs au roi du temps où il ne régnait que sur la Navarre. Dans cette France où tout était délabré, c'est pourtant dès 1594 que le roi autorisa Herman Daniel et Phillippe Taffin à entreprendre des travaux d'assèchement dans les marais du Poitou. Malheureusement pour ces audacieux entrepreneurs, l'économie du pays ayant été sérieusement mise à mal par les guerres de religion, ils se retrouvèrent donc rapidement devant un problème incontournable, le manque de capitaux.

         Devant cette faillite le roi n'avait pas le choix, étant toujours en relation avec les protestants Hollandais dont certains étaient déjà à ses côtés, comme Hierosme de Comans son maître d'hôtel (35), il fit appel à l'un de leurs ingénieurs, Humfroy Bradley. Mais Sully qui surveillait de près les finances du royaume imposa à Bradley que « les marais et palus fussent desséchés à ses propres coûts, frais et dépens » dans l'ordonnance du 8 avril 1599 ; dont nous donnerons le texte lui permettant de créer l'Association pour le dessèchement des marais et lacs de France : il fut entendu, «que tous marais et paluds tant dépendant du Domaine Royal que ceux appartenant aux ecclésiastiques, gens nobles et du tiers-état, sans exception de personnes, assis et situés le long des mers et rivières où ailleurs, seroient asséchés et essuyés par ledit Bradley et ses associés ou les propriétaires, et par eux rendus propres en labours, prairies ou herbages, selon que leur situation et naturel le permettra,… ». Finalement,  avec les fortunes dont disposaient les Hollandais de l'époque, Bradley acheta aussi la charge de Maître des digues du Royaume.

               Pour rentabiliser ces importants investissements, il tenta de mettre en œuvre des travaux dans la région de Chaillé les Marais. Mais, soit par incompétence, ou tout simplement par ignorance, sans respect pour les façons de faire du pays, il essaya de faire travailler les ouvriers du cru. C'était mal connaître ceux-ci qui refusèrent de se plier aux façons de ce nouvel arrivant. Mais le pire, voyant que les capitaux qu'avaient engagés les industriels et les banquiers hollandais s'en allaient à vau-l'eau parce qu'aucun travaux n'avançaient, il lui prit alors la malencontreuse idée de faire venir des familles des alentours de Bergen-op-Zoom ; sa région d'origine située au sud-ouest du Brabant septentrional et à peu de kilomètres des Flandres belges actuelles, desquelles il fit d'ailleurs venir aussi quelques autochtones.

          Installés au sud de Luçon, ces Hollandais ne restèrent que peu de temps dans la région, mal accueillis par les populations locales sous prétexte qu'ils étaient protestants, malgré qu'ils eussent reçu la nationalité française pour effectuer les travaux pour lesquels on les avait embauchés (36). Chassés, certains rejoignirent la Flandre du Bas Médoc où Bradley œuvra efficacement.

         Incontestablement, pour l'Histoire, nous retenons que les seuls travaux que l'on doit à Bradley dans l'ouest de la France se firent dans les marais de Mouron situés entre Tonnay-Charente et Rochefort, assez loin au sud du marais Poitevin.

         Il faut reconnaître tout de même que le travail de Bradley en tant que Maître des digues du royaume, puis en devenant par la suite le principal actionnaire en 1607 de l'association pour le dessèchement des marais et des lacs de France, ne fut pas entièrement négatif puisqu'il a permis de mettre en place les premiers statuts officiels des "dessiccateurs" et "asséchants" des marais, et d'apporter aussi des capitaux et un peu de la technologie des Hollandais. De manière étonnante dans ces lois, actes et édits qui furent commis à la suite de la mise en place de Bradley, l'on retrouve la texture originelle des premières législations émises par les Romains pour les assèchements des zones marécageuses, texte dont nous avons déjà donné un aperçu. Finalement Bradley mourut en 1639 sans que l'on puisse lui attribuer honnêtement la paternité de quelques travaux dans le marais Poitevin.


Le Marais Poitevin, de sa création à nos jours, pages 46 à 48. (M. Mengneau)



15/11/2008
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