Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

En passant par le bocage de la Vendée aux Deux-Sévres..

                                     Le Bocage et son Histoire

 

 

     Pour mieux comprendre ces particularismes, il nous faut effleurer l'histoire de cette région ; jadis partie intégrante, dans sa totalité, du Grand Poitou.

     L'on a donné le nom générique de guerre de Vendée aux insurrections qui agitèrent le nord de deux départements : celui de la Vendée et des Deux-Sèvres. A cette époque où les divisions administratives n'étaient pas encore bien marquées, par extension, le nom de Vendée militaire fut donné à l'ensemble du bocage s'étendant sur ces deux nouvelles entités républicaines créées par le découpage du pays.

    C'est en étudiant son aspect, ses caractéristiques, que l'on comprend mieux le caractère des habitants de ce bocage.

    Formé en même temps que le massif Armoricain, aux regards s'offre un paysage formé de monts, de puys ; aux noms parfois évocateurs comme le Monts des Alouettes et sa chapelle gothique ou bien le Puy Crapaud ; au sommet duquel, autrefois, un moulin profitait de cette hauteur toujours venteuse pour faire tourner inlassablement ses ailes.

   Territoire aride où le granit est roi. Terre de prédilection pour le piquant genêt qui s'y complait en formant de petites landes ; à la fin du printemps, paysage piqueté de jaune ; arrêté au bas d'une pente, ou d'une autre, ou encore d'une autre, par des haies épaisses, cachant une sente encaissée. Chemin d'ombre, et de secret. Ici émergent des feuillus ; en futaies ; en bosquets de chênes ou de châtaigniers. Parfois, s'enveloppent entre monts et vallées des bois et forêts, rompant le parcellaire. Disséminés çà et là, sur un versant où la terre est plus épaisse, quelques cultures de céréales ; et ailleurs, où ces pauvres gens le pouvaient, des cultures de choux, de topinambours ; des topinambours, des choux… Ah oui, n'oublions pas : de la betterave fourragère ! Dans les vallées, en un espace restreint autour des ruisseaux, des cours d'eau, le bétail se gorgeait à la bonne saison de l'herbe des pâtis. Ainsi était ce pays…

     L'on comprend aisément pourquoi – ils n'eurent d'ailleurs pas tellement le choix – les agriculteurs de cette région se tournèrent plus volontiers vers l'élevage.

    Ce bocage est coupé en son milieu par la Sèvre Nantaise. Cette petite rivière au lit souvent sablonneux prend sa source dans le département des Deux-Sèvres, peu de kilomètres au sud-est de Vernoux-en-Gâtine. De là, son cours se dirige vers le Nord, délimitant après St-André-sur-Sèvre sur une dizaine de kilomètres la Vendée et les Deux-Sèvres ; puis finit son périple de 126 Km dans la Loire.

    Si le cheminement de ses eaux peut paraître nonchalant, il est toutefois trompeur. Car lors des fortes inondations, la Sèvre du nord a propension à vouloir quitter son lit et à le déplacer pour en créer un autre. De son ancien passage restent alors des trous d'eau au milieu des pâtis, formant plus tard des mares que certains appellent des couardes. A la suite de décrue très rapide, il va sans dire que les poissons restés prisonniers de ces  viviers naturels faisaient le bonheur des braconniers ; même, dans des temps plus anciens, celui de quelques domestiques ou valets des métairies les plus proches qui n'avaient pas demandé l'accord de leur seigneur pour améliorer l'ordinaire.

    De loin en loin, ces collines granitiques sont parsemées de villages accrochés à leurs flancs, de bourgs dont le château perché sur le sommet ressemble à un nid d'aigle. Beaucoup portent ainsi les traces de leur passé et de leur religion.

    L'un des meilleurs exemples est Pouzauges – considéré parfois comme la perle du bocage vendéen – où prône en haut de la ville le vieux château datant du XIIe siècle ; construit en même temps que Tiffauges par Geoffroy de Thouars. Avec, encore en bon état, un donjon féodal qui vit en novembre 1420 éclore en ses murs les amours tumultueuses de Gilles de Rays et de la très jeune Catherine de Thouars.

    Pas très loin de là, sur un autre mont, à 278 mètres d'altitude, un ancien lieu celtique ombragé de hêtres séculaires porte le nom symbolique de « Bois de la Folie ». L'histoire prétend que l'on lui aurait donné le nom de « phare de la Vendée » du temps où les immeubles et autres constructions hétéroclites implantés malencontreusement le long des côtes vendéennes ne gâtaient pas encore, ni n'arrêtaient la vue perçante des marins. Car pourtant éloigné d'une soixantaine de kilomètres de la mer, par temps clair, ce bois particulier et élevé qui se découpait à l'horizon – ressemblant (comme il s'agit du bois de la Folie, osons une comparaison un tantinet farfelue) à une unique touffe de cheveux verts taillée en brosse et plantée sur le sommet de la tète d'un punk par ailleurs dégarnie – aurait jadis servi d'amer aux bateaux venus du large.

    Partout de nombreux calvaires marquent le chemin des habitants sortis de leurs hameaux pour aller se recueillir à l'église de leur paroisse. Un bon nombre d'entre-elles sont très anciennes, pratiquement tel qu'elles étaient au moyen-âge. Aussi, marqués dans la pierre, traces indélébiles de leurs passés, il n'est pas rare de retrouver les stigmates de l'art Roman des XIe et XIIe siècles sur celles transformées pour diverses raisons, et dont les évolutions successives de l'architecture ont modifié l'aspect général. A travers ces nombreux lieux de culte très imbriqués dans le paysage, celui de St-Michel-Mont-Mercure sort un peu de l'ordinaire.

    Déjà le nom de ce bourg peut surprendre. Mais l'église avec sa tour de 39 mètres, en haut de laquelle est juchée une statue en « bronze repoussé » représentant Saint-Michel terrassant le dragon, laisse le visiteur admiratif. Et s'il a la curiosité de grimper au sommet de la tour, le panorama qu'il découvre est rare. A ne pas rater, car par temps lumineux s'étale devant les yeux une grande partie du bocage, et quelquefois un horizon plus lointain.

    De Pouzauges, en prenant la direction de l'est on arrive, aussitôt une fois passé St-Mesmin, dans la vallée de la Sèvre Nantaise. On traversait autrefois la rivière par un pont de pierre assez ancien, au moulin de la Branle – pour la petite Histoire, ce pont qui avait résisté à l'usure des ans fut emporté par une crue dévastatrice à la fin de l'année 1959. De l'autre coté de la rivière, dans le département des Deux-Sèvres, une côte va ralentir le cheminement du voyageur, en l'occurrence un pèlerin et son bâton voulant atteindre coûte que coûte le village de Beauchêne afin de s'y recueillir.  

     Pas perturbé par ce nom de village aux consonances d'origine druidique, sa foi chrétienne guidera ses pas vers la chapelle romane du XIIe siècle ; dont les bases de ses structures architecturales portent à croire que le début de sa construction se situerait vers la fin du XIe siècle.

    Comme souvent, ce lieu de pèlerinage avait eu pour racine une légende issue du paganisme celte. Dans l'une des versions de cette allégorie, on prétendait qu'il y aurait eu un bœuf à l'attitude pour le moins étrange. En effet, sa seule façon de se nourrir était de lécher sans cesse le tronc d'un chêne séculaire. Ce qui, à l'étonnement général, lui réussissait puisqu'il devint gros et gras en dépit de ce régime un peu particulier. Cette bizarrerie amena donc son pâtre à ausculter l'arbre. Quelle ne fut pas la surprise de celui-ci en découvrant qu'il était creux, et de surcroît d'y trouver nichée à l'intérieur, à l'abri des regards, une effigie antique aux pouvoirs à l'évidence : surnaturels. Pour ne pas que se perpétuent des pratiques païennes autour de ses vieilles croyances, la religion chrétienne s'en empara et transforma le symbole en statue mariale. Ainsi naquit le pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne.

    A partir du Moyen-Age, bon an, mal an, cette tradition se perpétua jusqu'à la Révolution. Le coup d'arrêt fut donné le 25 janvier 1794, au plein cœur des guerres insurrectionnelles, par le Général Grignon qui fit incendier la chapelle. De fait, il ne détruisit que la charpente, les épais murs de granit qui la soutenaient ayant quelques difficultés à se consumer. Et les paroissiens, sur leur garde en cette période agitée, avaient auparavant déménagé et caché les instruments de leur culte.

    Par la suite, lorsque les événements se furent apaisés, les pèlerinages reprirent de façon plus ou moins chaotique. Puis ils se régulèrent de nouveau après la guerre de 40, avec une apothéose le 2 octobre 1955 à laquelle assistèrent pas moins de 15 000 pèlerins.

    Avant de continuer notre voyage plus à l'est dans le bocage du département des Deux-Sèvres, il faut faire un détour de quelques kilomètres vers le nord pour s'arrêter à Montravers.

    Encore un mont, me direz vous ! Ce n'est pas si sûr. Les historiens qui ont épluché les textes anciens avancent le nom d'un certain Jehan de Mautravers, un laïc qui serait à l'origine de ce village vers la fin du XIIIe siècle. La toponymie, les vestiges du donjon datant de la guerre de cent ans, confortent cette thèse. Seulement, dans ce petit bourg, les traces de son histoire ancienne ne sont pas les seules. Des épisodes sanglants, plus récents, ont marqué à tout jamais la mémoire de ses habitants.

   

Des Maraichins dans la tourmente. Pages 27 à 31 (M. Mengneau)

  

 



15/11/2008
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