Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

Penser l’exode de la société du travail et de la marchandise (suite I)

Penser l'exode de la société du travail et de la marchandise (suite I)

 

Par André Gorz

 Le philosophe André Gorz revient, dans l'un des derniers textes parus avant sa mort, sur la dynamique du capitalisme financier et sur les raisons qui permettent de voir dans le revenu social garanti une occasion de sortir du capitalisme. 25 septembre 2007.

 Dans ce second volet, il démonte quelque peu les arguments de ceux qui pensent que la taxation des produits financiers (spéculatifs ou autres) serait la solution pour diminuer les inégalités. On pourrait d'ailleurs aussi élargir le débat et ajouter d'autres arguments contre cette idée de taxation.

 Taxe Tobin

 Un Delphi organisé à San Francisco en 1995 par la Fondation Gorbatchev, a démontré combien les grands décideurs se soucient d'assurer, par le biais de la consommation, leur emprise sur les « masses sans travail ». L'assemblée des cinq cent personnes les plus célèbres mondialement de la politique et des affaires se proposait de « montrer la voie vers une nouvelle civilisation ». Elles partaient de la prévision suivante : 20 % de la population potentiellement active devraient suffire « pour produire toutes les marchandises et tous les services à haute valeur ajoutée que la société mondialisée aura les moyens de s'offrir ». Les 80 % de « superflus » « pourront être tranquillisés s'ils peuvent manger à leur faim et s'abrutir par des divertissements » [5]. Pour leur consommation de nourriture et de divertissements, « une sorte de revenu de base » pourrait leur être assurée. Une « rémunération modeste » pourrait en outre les inciter à la « prestation de services associatifs volontaires » ou à la « participation à des activités sportives ». Au sujet du financement de ces revenus sociaux l'assemblée s'est bornée à indiquer que « la pression de la concurrence mondiale interdira d'attendre des chefs d'entreprise qu'ils participent au financement des mesure sociales ».

 On peut interpréter la proposition d'une taxe Tobin frappant les transactions sur les marchés des changes et – pourquoi pas ? – les transactions spéculatives en général, comme une tentative pour tourner le refus des « chefs d'entreprise » à laisser imposer leurs profits. Mais ce qui vaut pour les prélèvements fiscaux vaut aussi bien pour la taxe Tobin : elles ne rapportera durablement les ressources financières escomptées que si elle ne restreint pas les transactions spéculatives sur les marchés financiers ; ou, plus exactement, si la contraction du volume global des profits réalisés sur la production de marchandises continue d'être compensée par les gigantesques revenus spéculatifs que l'industrie financière tire d'opérations boursières, tout particulièrement du gonflement des bulles financières de plus en plus énormes qui permettent d'emprunter de l'argent réel sur des montagnes himalayennes de capital fictif et même sur des hypothèques et autres reconnaissances de dette.

 

 



25/03/2011
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