Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

Les inconnus…

Les inconnus…

 

Suivant mon habitude, pour la période  estivale, j'avais suggéré la lecture de quelques auteurs, « Du contrat sociale de Rousseau » à « Fin de l'Utopie » d'Herbert Marcuse entre autres, des devoirs de vacances en somme. Cependant, nous ne devons pas ignorer que la rentrée avance à grands pas.

 

Cette fin d'été, ce début d'automne vont-t-ils donner un élan à l'amertume sociale que l'on sent latente. Dans cette France où a toujours flâné un sentiment révolutionnaire va-t-on le voir dresser les barricades de l'espoir ? L'histoire nous le dira ! Mais rien n'empêche de rêver en nous y préparant toutefois. C'est donc à travers ceux qui ont chanté les révolutions, ceux qui ont chanté la gloire du peuple souverain que je suis allé chercher la substantifique moelle de l'âme des révolutions, et en l'occurrence celle de la Commune par la voix de l'un de ses chansonniers.

 

Ne minimisons pas le mot chansonnier en y accordant parfois un sens péjoratif car il n'est rien de plus difficile d'écrire à chaud sur les événements, et raison de plus pour en faire une chanson.

 

Pour se faire, je suis allé puiser dans l'excellent livre de Georges Coulonges : « La Commune en chantant ». On pense naturellement à J.B. Clément qui donna à la postérité le Temps des Cerises, il y eut aussi les proscrits : Sénéchal, Gabillaud, Pottier, etc., tous assez connus, pourtant, j'en ai choisi un qui l'était un peu moins en tant que révolutionnaire: Jules Jouy*. Agitateur certes, moins connu certainement sous cet aspect, mais chansonnier montmartrois reconnu dont l'écriture n'est pas des moindres. Et puis, c'est aussi entre les deux guerres, en 1887, que lui, l'anticolonialiste, l'antimilitariste écrira le 24 mars la chanson « Les Inconnus ».

 

Ce choix n'est pas anodin, en effet, en une époque où le culte de la personnalité est exacerbé, le leader incontournable dans l'esprit de certains, la recherche de l'homme providentiel ressemblant à celle du Graal, il est bon de rappeler que ce sont les peuples qui font les révolutions. Donc, avant tout, nous devons reconquérir notre souveraineté, et foin d'un quelconque meneur lors des prochaines manifestations, nous chanterons aussi « Les trop connus » que Jouy écrivit sur sa lancée le 25 mars.

 

Les inconnus

 

Dans les grands courroux populaire,

Quand le lion enfin rugit,

Dur instruments de ses colères,

Une classe d'hommes surgit

l'Histoire, lorsqu'on l'interpelle

Ignore ces individus :

Dédaigneuses, elle les appelle :

        Les inconnus

 

Pourtant, justiciers des cloaques,

Maigre bataillon décimé,

Ils sont les Gaudes et les Jacques,

Les martyrs de Juin et de Mai !

Plus brave qu'un Cid de Castille,

Soldat sans poudre, héros nus,

Tous seuls ils ont pris la Bastille

        Les inconnus

 

Dans les massacres de la rue,

Etouffant la voix du canon,

Sur le pouvoir elle se rue,

La horde obscur des sans nom.

Troupeau sans chef, bande anonyme,

A l'improviste ils sont venus

Accomplir leur œuvre sublime,

        Les inconnus.

 

Des plus fameux ils ont la taille ;

Ils pourraient être conquérants ;

Cependant, après la bataille,

Humbles, ils rentrent dans les rangs

Ils sont martyrs et pas apôtres ;

Ils partent comme ils sont venus,

En laissant la récolte aux autres,

      Les inconnus

 

De ses obscurs suivons l'exemple ;

Sur leurs cadavres entassés,

Pas plus de bons dieux que de Temples :

Le peuple seul, et c'est assez !

A bas la statue et le buste !

«Méfiance aux individus ! »

L'avenir tend sa main robuste

        Aux inconnus.

 

Alors le lendemain, toujours inspiré, Jules chante la suite…pour le plaisir, juste quelques vers des Trop connus :

 

Quand, furieux, le Populaire

Bondit, grondant sur les hauteurs,

Pour escamoter sa colère,

Surgit le troupeau des rhéteurs,

A ces fameux que l'on renomme,

Le peuple aujourd'hui ne croit plus,

Dans son ironie, il les nomme :

     Les trop connus…

 

 

Jules Jouy* : Chansonnier montmartrois né en la capital le 27 avril 1855, mort le 17 mars 1897. Très prolixe, on recense près de 3000 textes de son fait.

 



14/08/2010
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