Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

Le Marais et l'empire.

Le Marais et l'empire.


        

          Le premier préfet des Deux-Sèvres, le citoyen Dupin, qui s'intéressait de près aux chambres de commerce nouvellement crées par le consul Bonaparte, lui avait communiqué, après une enquête de celles-ci, qu'une navigation importante se faisait sur la Sèvre pour approvisionner Niort, la plaque tournante du commerce régional. Cependant quelques problèmes se posaient encore entre les entrepreneurs de batellerie et les riverains du fleuve. A la vérité, en dépit des avancées sociales et économiques apportées par la Révolution, les vieilles traditions dont beaucoup dataient du Moyen-Age - le droit de rivage, le droit coutumier, le droit de traite, etc… (40) - eurent du mal à sortirent des esprits. Pour éviter les contestations, il fallait donc déterminer les droits de halage, de contre halage et offrir aux gabares un éclusage correct.

         Averti par son préfet de toutes ces polémiques gênantes pour la bonne circulation des marchandises et qui lui furent confirmées lors de son passage à Niort le 7 Avril 1808, l'empe-reur envoya de Bayonne , le 29 mai suivant, un édit afin d'éviter que de tels inconvénients se reproduisent. Enfin était réglé de façon officielle le statut de la Sèvre Niortaise.

 

Le commerce, l'artisanat sous l'Empire.

       

        Pour bien situer l'importance économique de ce petit fleuve côtier et du commerce prospère de la ville de Niort, nous citerons une statistique précisant quelques années après l'Empire, en 1833 très exactement, que le port de Marans accueillait encore par an environ trois cents bateaux de moyen tonnage - ce port fut d'ailleurs classé quartier maritime en 1827. Et de là transitaient vers Niort, par gabares, des peaux de chamois venant des Etats-Unis, ainsi que divers autres matières premières ; et en sens inverse, des droguets, des draps dus à l'abondance du chanvre, mais aussi des eaux-de-vie et du vin, ainsi que des gants et autres productions des tanneurs Niortais qu'ils avaient réalisées avec ces peaux venues d'Amérique du Nord. Le commerce du vin que l'on pratiquait depuis le Moyen-Age avait engendré la construction de plusieurs vinaigreries dans la ville, et les tanneurs de réputation Européenne s'étaient installés depuis longtemps aux abords de la cité, leurs chamoiseries et tanneries, fortes d'environ 800 ouvriers, fonctionnant grâce à l'eau de la Sèvre. Nous n'oublierons pas les quelques 400 cordonniers Niortais, pour la plupart militaires, qui confectionnaient des gants, bottes et culottes de peau.

        

       Quant à la transformation du chanvre qui était une spécialité du marais mouillé, on le doit à un artisanat familial. A tel point que dans certains villages bordant le marais il était courant de rencontrer un grand nombre de bottes de chanvre à rouir dans les fossés, et dans presque chaque maison, des broies* pour le macquer* après son rouissage*, des machines à teiller* ou des écangues* (41) servant à séparer les fibres textiles de la partie inutilisable que l'on appelle la chénevotte, enfin des métiers à tisser pour parachever le travail. Les maraîchins, à la mauvaise saison, occupaient leurs temps libres à la confection de cordes avec le chanvre peigné et divers autres produits finis pour lesquels ils manufacturaient aussi cette plante, ainsi que parfois le lin.

         Nous relatons ici une anecdote sur les tanneurs qui peut paraître inutile dans l'histoire du marais Poitevin. Pourtant leur prépondérance sociale et économique pour la région, qu'illustre bien la petite histoire qui suit, fut lors des échanges commerciaux avec les Etats-Unis à l'origine de la modification de l'aspect des marais mouillés.

         Les cordonniers militaires Niortais à travers leurs différentes fabrications en avaient une particulière : celle de la culotte de peau que portaient alors les cuirassiers, les dragons, la gendarmerie et la cavalerie du train. On n'en connait pas les raisons, pourtant, sans discernement, des technocrates de l'époque émirent l'idée que l'on pourrait vêtir ces valeureux militaires avec d'autres matières que de la peau sortie des chamoiseries Niortaises.

         On imagine alors quel fut le tollé de la population : des protestations que transmirent à l'Empereur les représentants de la chambre de commerce, parmi lesquels figuraient plusieurs patrons des tanneries concernées au premier chef - François Boinot, entre autres -. A travers leurs récriminations, sûrs de leur bon droit, ceux-ci allèrent même à imaginer qu'il serait bien que les postillons portassent aussi cette culotte de peau tant discutée. Il va sans dire que dans le cas des postillons qui étaient libres de leur choix, ils n'eurent pas satisfaction. Par contre, un décret de l'empereur en 1812 confirma que les militaires continueraient à porter ladite culotte. Ouf, pour un temps, l'activité des tanneurs et cordonniers Niortais n'en était pas réduite qu'à la confection de gants, et, par là même, les échanges importants avec l'Amérique du Nord ne s'en voyaient pas altérés par une réduction de la production des chamoiseries.

         Au regard de cette anecdote on comprend mieux l'intérêt que porta l'Empereur à la bonne régulation de la navigation sur la Sèvre Niortaise, ce qui favorisait de toute évidence le commerce régional.


Le Marais Poitevin, de sa création à nos jours, pages 56 à 58. (M. Mengneau)



15/11/2008
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