Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

L’insurrection qui vient…suite XII

L'insurrection qui vient…suite XII

 


À force, on a compris ceci : ce n'est pas l'économie qui est en crise, c'est l'économie qui est la crise; ce n'est pas le travail qui manque, c'est le travail qui est en trop ; tout bien pesé, ce n'est pas la crise, mais la croissance qui nous déprime.

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Précisément parce qu'elle est cette architecture de flux, la métropole est une des formations humaines les plus vulnérables qui ait jamais existé. Souple, subtile, mais vulnérable. Une fermeture brutale des frontières pour cause d'épidémie furieuse, une carence quelconque dans un ravitaillement vital, un blocage organisé des axes de communication, et c'est tout le décor qui s'effondre, qui ne parvient plus à masquer les scènes de carnages qui le hantent à toute heure. Ce monde n'irait pas si vite s'il n'était pas constamment poursuivi par la proximité de son effondrement.

L'insurrection qui vient. (115/391)

 

Sa structure en réseau, toute son infrastructure technologique de nœuds et de connexions, son architecture décentralisée voudraient mettre la métropole à l'abri de ses inévitables dysfonctionnements. Internet doit résister à une attaque nucléaire. Le contrôle permanent des flux d'informations, d'hommes et de marchandises doit sécuriser la mobilité métropolitaine, la traçabilité, assurer que jamais ne manque une palette dans un stock de marchandise, que jamais on ne trouve un billet volé dans le commerce ou un terroriste dans l'avion. Grâce à une puce RFID, un passeport biométrique, un fichier ADN.

L'insurrection qui vient. (116/391)

 

Mais la métropole produit aussi les moyens de sa propre destruction. Un expert en sécurité américain explique la défaite en Irak par la capacité de la guérilla à tirer profit des nouveaux modes de communication. Par leur invasion, les États-Unis n'ont pas tant importé la démocratie que les réseaux cybernétiques. Ils amenaient avec eux l'une des armes de leur défaite. La multiplication des téléphones portables et des points d'accès à Internet a fourni à la guérilla des moyens inédits de s'organiser, et de se rendre elle-même si difficilement attaquable.

L'insurrection qui vient. (117/391)

 

À chaque réseau ses points faibles, ses nœuds qu'il faut défaire pour que la circulation s'arrête, pour que la toile implose. La dernière grande panne électrique européenne l'a montré : il aura suffi d'un incident sur une ligne à haute tension pour plonger une bonne partie du continent dans le noir. Le premier geste pour que quelque chose puisse surgir au milieu de la métropole, pour que s'ouvrent d'autres possibles, c'est d'arrêter son perpetuum mobile. C'est ce qu'ont compris les rebelles thaïlandais qui font sauter les relais électriques. C'est ce qu'ont compris les anti-CPE, qui ont bloqué les universités pour ensuite tâcher de bloquer l'économie.

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C'est aussi ce qu'ont compris les dockers américains en grève en octobre 2002 pour le maintien de trois cents emplois, et qui bloquèrent pendant dix jours les principaux ports de la côte Ouest. L'économie américaine est si dépendante des flux tendus en provenance d'Asie que le coût du blocage se montait à un milliard d'euros par jour. À dix mille, on peut faire vaciller la plus grande puissance économique mondiale. Pour certains « experts », si le mouvement s'était prolongé un mois de plus, nous aurions assisté à « un retour à la récession aux États-Unis et un cauchemar économique pour l'Asie du Sud-Est ».

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Cinquième cercle

« Moins de biens, plus de liens ! »

L'insurrection qui vient. (120/391)

 

« Qu'est-ce qu'un millier d'écono-mistes du FMI gisant au fond de la mer ? – Un bon début », blague-t-on à la Banque mondiale.

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Trente ans de chômage de masse, de « crise », de croissance en berne, et l'on voudrait encore nous faire croire en l'économie. Trente ans ponctués, il est vrai, par quelques entractes d'illusion: l'entracte 1981-83, illusion qu'un gouvernement de gauche pourrait faire le bonheur du peuple ; l'entracte des années fric (1986-89), où nous deviendrions tous riches, hommes d'affaires et boursicoteurs ; l'entracte Internet (1998-2001), où nous trouverions tous un emploi virtuel à force de rester branchés, où la France multicolore mais une, multiculturelle et cultivée, remporterait toutes les coupes du monde. Mais voilà, nous, on a dépensé toutes nos réserves d'illusion, on a touché le fond, on est à sec, sinon à découvert.

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Il faut l'avouer : la litanie des cours de Bourse nous touche à peu près autant qu'une messe en latin. Heureusement pour nous, nous sommes un certain nombre à être parvenus à cette conclusion. Nous ne parlons pas de tous ceux qui vivent d'arnaques diverses, de trafics en tout genre ou sont depuis dix ans au RMI. De tous ceux qui ne parviennent plus à s'identifier à leur boulot et se réservent pour leurs loisirs. De tous les placardisés, tous les planqués, tous ceux qui en font le minimum et qui sont un maximum. De tous ceux que frappe cet étrange détachement de masse, que vient encore accentuer l'exemple des retraités et la surexploitation cynique d'une main d'œuvre flexibilisée. Nous ne parlons pas d'eux, qui doivent bien pourtant, d'une manière ou d'une autre, arriver à une conclusion voisine.

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Ce dont nous parlons, c'est de tous ces pays, de ces continents entiers qui ont perdu la foi économique pour avoir vu passer avec pertes et fracas les Boeing du FMI, pour avoir un peu tâté de la Banque mondiale. Rien, là, de cette crise des vocations que subit mollement, en Occident, l'économie. Ce dont il s'agit en Guinée, en Russie, en Argentine, en Bolivie, c'est d'un discrédit violent et durable de cette religion, et de son clergé.

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Plaisanterie russe : « Deux économistes se rencontrent. L'un demande à l'autre : "Tu comprends ce qui se passe ?" Et l'autre de répondre : "Attends, je vais t'expliquer." "Non, non, reprend le premier, expliquer ce n'est pas difficile, moi aussi je suis économiste. Non, ce que je te demande c'est : est-ce que tu comprends?" »

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23/08/2009
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