Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

L’Insurrection qui vient…suite V

L'Insurrection qui vient…suite V

 

Deuxième cercle

« Le divertissement est un besoin vital »

Un gouvernement qui déclare l'état d'urgence contre des gamins de quinze ans. Un pays qui met son salut entre les mains d'une équipe de footballeurs. Un flic dans un lit d'hôpital qui se plaint d'avoir été victime de « violences ».

L'insurrection qui vient. (41/391)







Un préfet qui prend un arrêté contre ceux qui se construisent des cabanes dans les arbres. Deux enfants de dix ans, à Chelles, inculpés pour l'incendie d'une ludothèque. Cette époque excelle dans un certain grotesque de situation qui semble à chaque fois lui échapper. Il faut dire que les médiatiques ne ménagent pas leurs efforts pour étouffer dans les registres de la plainte et de l'indignation l'éclat de rire qui devrait accueillir de pareilles nouvelles.

L'insurrection qui vient. (42/391)


Un éclat de rire déflagrant, c'est la réponse ajustée à toutes les graves « questions » que se plaît à soulever l'actualité. Pour commencer par la plus rebattue : il n'y a pas de « question de l'immigration ». Qui grandit encore là où il est né ? Qui habite là où il a grandi ? Qui travaille là où il habite ? Qui vit là où vivaient ses ancêtres ? Et de qui sont-ils, les enfants de cette époque, de la télé ou de leurs parents ?

L'insurrection qui vient. (43/391)


Notre histoire est celle des colonisations, des migrations, des guerres, des exils, de la destruction de tous les enracinements. C'est l'histoire de tout ce qui a fait de nous des étrangers dans ce monde, des invités dans notre propre famille. Nous avons été expropriés de notre langue par l'enseignement, de nos chansons par la variété, de nos chairs par la pornographie de masse, de notre ville par la police, de nos amis par le salariat.

L'insurrection qui vient. (45/391)


À cela s'ajoute, en France, le travail féroce et séculaire d'individualisation par un pouvoir d'État qui note, compare, discipline et sépare ses sujets dès le plus jeune âge, qui broie par instinct les solidarités qui lui échappent afin que ne reste que la citoyenneté, la pure appartenance, fantasmatique, à la Répu-blique.

L'insurrection qui vient. (46/391)


Le Français est plus que tout autre le dépossédé, le misérable. Sa haine de l'étranger se fond avec sa haine de soi comme étranger. Sa jalousie mêlée d'effroi pour les « cités » ne dit que son ressentiment pour tout ce qu'il a perdu. Il ne peut s'empêcher d'envier ces quartiers dits de « relégation » où persistent encore un peu d'une vie commune, quelques liens entre les êtres, quelques solidarités non étatiques, une économie informelle, une organisation qui ne s'est pas encore détachée de ceux qui s'organisent.

L'insurrection qui vient. (47/391)


Nous en sommes arrivés à ce point de privation où la seule façon de se sentir Français est de pester contre les immigrés, contre ceux qui sont plus visiblement des étrangers comme moi. Les immigrés tiennent dans ce pays une curieuse position de souveraineté : s'ils n'étaient pas là, les Français n'existeraient peut-être plus.

L'insurrection qui vient. (48/391)



01/07/2009
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