Le Ragondin Furieux

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Laïcité positive, Sarkozy persiste et signe !

Laïcité positive, Sarkozy persiste et signe

Laïcité positive, Sarkozy persiste et signe

Laïcité positive, Sarkozy persiste et signe

Laïcité positive, Sarkozy persiste et signe !


Dans un accord de ton presque parfait entre Joseph Ratzinger et Sarkozy est relancé le concept de Laïcité positive. Cela impliquerait donc qu'il y ait eu auparavant une laïcité négative. Cependant la laïcité à la française, souvent montrée en exemple de par le monde, est faite d'une sorte d'équilibre, de respect, de tolérance, de dialogue, entre le spirituel et le politique. La loi de 1905 qui officialise la séparation de l'église et de l'état n'implique pas le rejet et l'abnégation des religions mais établie un distinguo entre ce qui ressort de la réflexion personnelle, c'est-à-dire la croyance et son corolaire religieux, et le fonctionnement des institutions dont on ne peut laisser la prépondérance à une quelconque obédience intellectuelle ou sacerdotale. Et c'est cela que l'on veut remettre en question ?

Avant d'aborder les allocutions de l'Elysée du 12 septembre 2008 il est bon de se souvenir des propos tenus par le chef de l'Etat français lors de son discours à la basilique du Latran : « Le fait spirituel, c'est la tendance de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c'est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale… ». La suite nous éclaire singulièrement par quel chemin tortueux il a amené la réflexion sur la laïcité, dixit : « Or, longtemps la république laïque a sous-estimé l'importance de l'aspiration spirituelle. ». Comme cela ne suffisait pas il fait entre autres remarquer que « la pénurie de prêtres n'avait pas rendu les français plus heureux », formule d'ailleurs assez sibylline utilisant une négation pour faire une affirmation. Le pire c'est qu'il en remettait une couche quand il déterminait définitivement ce que devrait être selon lui l'esprit de la République : « …, s'il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu'il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuse ».N'y allant pas par quatre chemins c'était alors auréolé de sa nouvelle condition de chanoine temporaire qu'il s'exprimait. Le ton était donné car sans équivoque il laissait présager qu'elle était sa conception de la Laïcité, proposant ainsi un avant goût des modifications futures qu'il envisageait sur les rapports de la République avec les religions.

Cette fois, le chef coiffé de la casquette de président de la république en recevant le pape dans son palais de l'Elysée, Sarkozy va utiliser des formules d'apparence moins radicales dans son allocution. La fonction différente oblige ! Néanmoins le fond reste le même… En effet, dans la continuité des propos précédant on n'est pas surpris de lui entendre dire : « Ainsi est-il légitime pour la démocratie et respectueux de la laïcité de dialoguer avec les religions. Celles-ci, et notamment la religion chrétienne avec laquelle nous partageons une longue histoire, sont des patrimoines vivants de réflexion et de pensée, pas seulement Dieu, mais aussi sur l'homme, sur la société, et même sur cette préoccupation d'aujourd'hui centrale qu'est la nature et la défense de l'environnement. Ce serait une folie de nous en priver, tout simplement une faute contre la culture et la pensée. C'est pourquoi j'en appelle une nouvelle fois à une laïcité positive : une laïcité qui rassemble, qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce. ».

Déjà plusieurs réflexions s'imposent. D'abord on ose espérer que lorsqu'il parle de réflexion de pensée sur la nature et l'environnement une quelconque référence au « créativisme » n'effleure pas son raisonnement, voire à la Raison qui ainsi qu'il s'en gausse nous éclaire de sa lumière. Car s'il en est des théories négationnistes, celle-ci est l'un des meilleurs exemples. D'ailleurs en s'appuyant sur de telles conceptions de notre univers se serait faire injure aux

scientifiques qui au fur et à mesure de leurs découvertes remettent en cause la création engendrée par une divinité quelconque. Avec les temps moderne et le réalisme scientifique l'on voit aussi de plus en plus les apparitions surnaturelles être moins courantes et surtout tout à fait contestées, laissant à supposer que celle de Lourdes est tout fait contestable.

Il faudra aussi qu'il nous explique en quoi la laïcité telle qu'elle est pratiquée en France : exclue et dénonce. Car vu le tintouin médiatique orchestré autour de la venue du plus haut représentant de l'église chrétienne il fallait être sourd et aveugle pour parler d'exclusion. Sans doute voulait-il parler des athées et non-croyants à qui l'on accorde peu souvent la parole comme si il ne faisait pas aussi partie de notre patrimoine intellectuel et moral. Ne rêvons pas, c'est probablement pas à cela qu'il faisait allusion…

Comme selon lui la laïcité actuelle ne répond plus aux aspirations de nos démocraties il va finir de vendre sa nouvelle conception de notre avenir dans une homélie dithyrambique qu'il est inutile de commenter : « En cette époque où le doute, le repli sur soi mettent nos démocraties au défi de répondre aux problèmes de notre temps, la laïcité  positive offre à nos consciences la possibilité d'échanger, par-delà les croyances et les rites, sur le sens que nous voulons donner à nos existences.(sic) ».

En passant, pour la suite de son discours, il est bon de signaler que se monsieur ne manque pas de culot. On l'entend tour à tour dénoncer l'immoralité du capital financier alors qu'il a offert un cadeau fiscal sans précédent aux capitalistes, s'en prendre à la croissance en tant que telle, etc. Bref, laissons lui pour l'instant la responsabilité de ces propos qui pourtant mériteraient aussi un plus long développement et maintes réflexions.

Si comme il fallait s'y attendre le discours de Ratzinger, avec quelques nuances, fut dans la continuité de celui de Sarkozy en prônant aussi une laïcité différente, mais il n'est pas inutile de s'arrêter sur l'assertion qui veut que la culture de l'Europe soit en grande partie due à sa christianisation. Certes, si l'on ne peut pas nier que dans les deux derniers millénaires l'influence de la foi chrétienne ne fut pas prépondérante, celle-ci par contre s'est souvent inspirée du paganisme de nos lointains ancêtres. Donc nos racines sont plus anciennes et à fortiori plus diverses qu'il est prétendu. L'exemple qui vient tout de suite à l'esprit est celui de la toussaint qui s'inscrit dans la continuité de la Samain des celtes. Dans le même ordre d'idées et de façon plus précise on peut relater le pèlerinage annuel ayant lieu dans une petite commune du département des Deux-Sèvres, Beauchêne, où l'on vénère la vierge Marie.

Comme souvent, ce lieu de pèlerinage avait eu pour racine une légende issue du paganisme celte. Dans l'une des versions de cette allégorie, on prétendait qu'il y aurait eu un bœuf à l'attitude pour le moins étrange. En effet, sa seule façon de se nourrir était de lécher sans cesse le tronc d'un chêne séculaire. Ce qui, à l'étonnement général, lui réussissait puisqu'il devint gros et gras en dépit de ce régime un peu particulier. Cette bizarrerie amena donc son pâtre à ausculter l'arbre. Quelle ne fut pas la surprise de celui-ci en découvrant qu'il était creux, et de surcroît d'y trouver nichée à l'intérieur, à l'abri des regards, une effigie antique aux pouvoirs à l'évidence : surnaturels. Pour ne pas que se perpétuent des pratiques païennes autour de ses vieilles croyances, la religion chrétienne s'en empara et transforma le symbole en statue mariale. Ainsi naquit le pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne.

Sans oublier la légende de Mélusine qui se perpétuera au cours des siècles et dont l'origine nous vient du syncrétisme des Scythes qui s'implantèrent dans l'ouest de la France et nous laissèrent le nom de Poitou. Ainsi de suite, nombre d'exemples ne manque pas et il est à l'évidence restrictif de vouloir accorder essentiellement à l'influence chrétienne l'origine de notre culture qui souvent va puiser sa construction sur des sources plus anciennes.


La question que l'on peut se poser : quel est le but d'une telle attaque envers une laïcité, assurément pas parfaite, mais dont les limites sont somme toutes bien définies. En redonnant une part plus importante au mysticisme, ne va-t-on pas de nouveau alimenter les sectarismes ? Ou alors ne veut-on pas se servir de la réflexion spirituelle comme trompe l'œil afin d'annihilé un débat plus général et idéologique sur l'avenir de nos sociétés, en l'occurrence faire passer comme acquit et comme inéluctable le principe capitaliste, concept de la pensée unique ?

Laïcité positive, Sarkozy persiste et signe


16/11/2008
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