Le Ragondin Furieux

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La méritocratie, le concept à la mode chez les capitalistes…

La méritocratie, le concept à la mode chez les capitalistes…

 

Par Michel MENGNEAU

 

La « Méritocratie », si on se place sur un plan subjectif, il faut avouer que le terme n'est pas particulièrement beau, ce qui fait dire à certains qu'il s'agit d'un barbarisme, à d'autres d'un néologiste, il n'en est rien puisque l'on trouve sa définition dans beaucoup de dictionnaire et pour donner exemple, voici une définition prise au hasard : Système dans lequel le mérite détermine la hiérarchie.

 

Voilà qui est succinct et bien résumé, mais apporte sans ambigüité tous les éléments nécessaires à la compréhension de ce concept. Concept étudié, disséqué par nos philosophes et sociologues, et pas des moindres parmi lesquels Pierre Bourdieu qui, dénonçant là une forme de « violence symbolique », mettra l'accent sur le coté inégalitaire de cette conception de nos sociétés. Il ne fut pas le seul, d'autres en abordant le problème différemment, comme Rawls, prôneront la désindividualisation du mérite. Comme on le voit le sujet a agité les sphères pensantes qui souvent ont dénoncé les abus de ce concept dans les sociétés libérales. Cependant il s'avère que dans nos sociétés ultralibérales cette théorie est de plus en plus à la mode et fait recette chez nos dirigeants qui se gargarisent du mot mérite.

 

On sait que se fut Napoléon qui fut l'un des premiers à s'appuyer sur ce principe, il est donc pas étonnant de voir se multiplier dans une France, où le Chef de l'Etat s'inspire outrancièrement de l'empereur, des bonifications, des avantages en fonction du mérite.

 

Déjà, une profusion de récompenses sanctionne les bons et loyaux services d'individus soi-disant méritoires. Parmi ceux-ci on voit pousser à la boutonnière de certains le poireau triomphant du mérite agricole, le ruban bleu du mérite national classé au rang de « mérite distingué » et que l'on voit de façon abusive orner les robes de la magistrature, que dire de la légion d'honneur décernée à tout va ce qui en a galvaudé la quintessence, bref une profusion de récompenses dont l'abus devient parfois comique, mais qui semble-t-il flatter l'égo d'individus qui se croit indispensable à la marche en avant du monde.

 

Mais il s'agit là d'agapes car la propension à vouloir tout régir par le capitalisme et propulser l'ultra libéralisme met à la pointe de l'actualité la mise en avant de cette notion. Alors, on voit naitre sous divers prétextes, plus ou moins bons d'ailleurs, car par exemple si on regarde superficiellement on ne peut pas dire que la bourse au mérite soit à priori une mauvaise chose puisque soi-disant conçu pour aider les étudiants modestes, mais aussi on va voir les fonctionnaires payés au mérite, et là ce n'est pas la même chose  car l'on rentre de plein pied dans un système inégalitaire. C'est comme si en embauchant le matin le chef de service après avoir mis tout son petit monde en rang gueule pour ouvrir les hostilités :  « Que le meilleur gagne ! ». Seulement voilà, les dés sont pipés.

 

En effet, la culture du résultat est obsolète tant déjà dés le départ les inégalités ne mettent pas les candidats sur le même plan. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet car chacun aura compris qu'il est évident que par exemple le milieu social dans lequel on a été élevé peut-être à l'origine un handicap. On peut aussi supposer que l'orientation d'un individu l'empêchera de s'exprimer n'étant pas à la place qui laisserait épanouir ses aspirations profondes, ainsi de suite, si on se base sur le respect humain  on en ressortira tout un panel de raisons négatives à l'encontre de la méritocratie. Il n'empêche que le capitalisme continue à magnifier cette notion qui sert bien ses intérêts uniquement tournés vers le profit. Le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy est donc dans la droite ligne de cette façon de voir nos sociétés. Mais il a aussi apporté de la dangerosité sur le maintient de nos libertés en mettant au pinacle dans la police la culture du résultat complètement impliquée dans la méritocratie. C'est donc un état d'esprit nauséabond dans cette course au résultat, à la rentabilité que l'on veut instaurer pour promouvoir ce qui va servir d'éléments moteur à l'embellie du capitalisme. Nous ne pouvons pas accepter que ce genres de pratiques entretiennent une chape de plomb suspicieuse, un combat qui pourrait devenir sans foi ni loi pour subsister, améliorer l'ordinaire en quelque sorte.

 

Il s'agit donc là d'un concept totalement imbriqué dans nos sociétés capitalistes. D'ailleurs Obama qui l'ardant défenseur du libéralisme a fait récemment l'éloge du mérite. L'exemple venant d'en haut il y peu de chance que dans l'état actuel des choses l'on remette en question ce principe tout à fait inégalitaire.

 

Mais si l'on a une autre conception de l'humanité, si le productivisme n'est plus une priorité, si le matérialisme inconditionnel n'est plus une obsession, si une décroissance soutenable est envisageable pour rééquilibrer les richesses dans le monde, la notion même de hiérarchisation par le mérite devient alors un concept totalement hors sujet. A la limite, une notion qu'il faut combattre intellectuellement afin de contrer ceux qui voudraient universaliser le capitalisme. Passer d'un monde hiérarchisé à un monde de partage sera à n'en pas douter une source d'équité et de bonheur pour tout les peuples et pour chaque individu quelque soit d'où ils viennent et où ils vont. C'est se dont vers quoi nous devons concentrer nos efforts…

 

Donc à chaque instant faisons prévaloir les valeurs humaines de chaque individu en rendant dérisoire la notion de compétitivité.



09/03/2009
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