Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

« La France une mère affligée… »

« La France une mère affligée… »

 


 

En voyant les deux madones du Périclite Sinistrement s'étriper comme des harpies de bas étage, m'est revenu en mémoire un passage des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné - pour être plus précis : les vers 97 à 130 de Misère I – qui dépeint une situation où s'affrontait des frères ennemis en religion et dont certaines métaphores ressemblent au duel fratricide  pour la direction de ce que l'on a longtemps appelé Parti Socialiste, et qui n'est plus qu'un ersatz social démocrate de droite…

 

Je veux peindre la France une mère affligée,

Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.

Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts

Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups

D'ongles, de poings, de pieds, il brise le partage

Dont nature faisait à son besson l'usage ;

Ce voleur acharné, cet Esau malheureux,

Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,

Si que, pour arracher à son frère la vie,

Il méprise la sienne et n'en a plus envie

Mais on Jacob, pressé d'avoir jeuné mesnui,

A la fin se défend, et sa juste colère

Rend à l'autre un combat dont le champ est la mère.

Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,

Ni les pleurs réchauffées ne calment leurs esprits ;

Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,

Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble,

Leur conflit se rallume et fait si furieux

Que d'un gauche malheur ils se crèvent.

Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,

Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;

Elle voit les mutins, tout déchirés, sanglants,

Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant.

Quand, pressant à son sein d'un amour maternel

Celui qui a le droit et la juste querelle,

Elle veut le sauver, l'autre, qui n'est pas las,

Viole, en poursuivant, l'asile de ses bras.

A donc se perd le lait, le suc de sa poitrine :

Puis, aux derniers abouts de sa propre ruine,

Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté

Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;

Or, vivez de venin, sanglante géniture,

Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture ! »

 

C'est en 1616 qu'Agrippa édita les Tragiques où ces quelques strophes relatent l'empoignade qui faisait rage en cette période de guerre de religion, en mettant au féminin et en comparant le parti, dont je ne connaît pas encore le nouveau nom, à la France nous voilà en 2008 où l'on voit des énergumènes salir la politique et déshonorer le Socialiste.

 

J'en regrette presque d'avoir mêlé d'Aubigné à cette mascarade !

 

 

 

 

 

 



24/11/2008
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