Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

La disparition du monde ouvrier et ses conséquences.

La disparition du monde ouvrier et ses conséquences

La disparition du monde ouvrier et ses conséquences.


Ceci est l'ébauche d'une petite analyse tout à fait personnelle. Elle demandera à être peaufinée et approfondie. Certains auront d'autres vues et conceptions de l'effritement du concept : monde ouvrier, tant mieux, car c'est de la confrontation que sortent souvent les meilleurs analyses.

Le monde ouvrier dans le sens historique et social de l'expression était le pourvoyeur de voix pour les partis de gauche, puis inéluctablement diverses raisons ont œuvré à son effritement, voire sa disparition. Il existe toujours des ouvriers mais plus de classe ouvrière à proprement parler et ainsi qu'on le concevait il y a encore quelques décennies.

Sans aborder toutes les différentes causes profondes de ces désagrégations, il est possible toutefois d'en dégager certaines qui apparaissent comme essentielles.

L'une des premières, à priori la moins évidente, est une question de sémantique liée en partie aux tribulations de mai 68. Nous relativiserons donc le fait que le monde ouvrier ait pris le train en marche de la révolte étudiante dont par la suite ses syndicats ont voulu se l'approprier, pour finir par le saboter avec l'aide d'un parti communiste conscient d'avoir été débordé, qui en l'occurrence amorcera dans ses circonstances le début de son déclin. On sait ce qui l'advint, dans la foulée après que De Gaulle eut dissous l'assemblée ce sera alors un raz de marée de la droite. Ebranlé le PC voulant alors gommer sans doute l'image de Staline et de Thorez qui malgré leurs disparitions laissaient encore dans les esprits comme une sorte de rejet, les instances dirigeante du parti ont pris la décision en 1976 de ne plus parler de dictature du prolétariat. Pour ma part je pense que ce fut une erreur, sans doute eut-il fallu en restant dans cette ligne de pensée élargir à tous les exploités et défavorisés le concept de prédominance de ces classes sociales sur les capitalistes. On serait resté dans l'un des fondements de la pensée de Marx.

Revenons aux mutations sociales. En effet, même si des accords de Grenelle négociés en catimini ont apporté certains avantages non négligeables aux sorts des travailleurs ou peut-être à cause de tout cela, à la suite de cette révolution en partie intellectuelle sous prétexte de redonner un semblant de qualification soi-disant plus acceptable et plus dans l'air du temps à diverses professions l'on a alors appelé celles-ci : Technicien de machin, Technicien de truc, Agent de truc, Agent de machin et ainsi de suite; même le traditionnel facteur est devenu le préposé. L'honneur des travailleurs s'en est sentit revigorées, minimisant de fait des avantages sociaux et des salaires encore insuffisamment revalorisés.

Pourtant il n'y avait pas de quoi pavoisé, puisque l'on avait subitement oublié que le terme ouvrier vient d'œuvre, donc celui qui conçoit ou exécute une œuvre. Et que l'ouvrage ainsi effectué porte un nom simple: celui qui tourne une pièce métallique est un tourneur, celui qui fond de la fonte est un fondeur et celui qui balaie est un balayeur, sans que ces qualificatifs soit péjoratifs. Au contraire, c'est la dénomination, vrai, du travail réalisé auquel, quelque soit la tâche, on doit la même considération et respect. A la suite de quoi, sans que cela paraisse, déjà ces appellations subliminales avaient déstabilisé la cohésion du monde ouvrier.

Parallèlement à cette prétendue embellie de la condition ouvrière, une autre mutation était en gestation: celle du patronat traditionnel. Le capitalisme à la «papa» allait disparaître, absorbé lui aussi par le monde moderne.

Certes on aura toujours du mal à encenser les grands patrons d'antan, car se fut après de dures tractations dont ils tentaient d'atténuer l'âpreté par un paternalisme bon enfant, puis devant leurs intransigeances il aura fallut des grèves innombrables et longues pour permettre aux travailleurs de conquérir quelques avantages ; ils ont donc le plus souvent privilégié l'enrichissement de leurs patrimoines au dépend de la qualité de vie de leurs ouvriers. Mais, pour beaucoup, ils étaient les descendants de ces nouveaux patrons qu'avaient façonné la révolution industriel de la fin du XIXème siècle - particulièrement dans l'industrie lourde et le textile - et portaient en héritage un certain savoir faire, connaissaient leur métier, perpétuant le sens de l'œuvre qu'avaient légué leurs ancêtres, en quelques sortes des hommes de l'art. D'ailleurs certains se complaisaient à se faire appeler, par exemple: «Maître de Forge». Pour ces raisons, malgré une primauté en direction de leurs bas de laine, on les vit réinjecter des capitaux dans les entreprises, favoriser la technologie et la recherche, ne passant pas nécessairement au premier plan la rentabilité d'un quelconque cours boursier.

Seulement voilà, dans les années 70, la société de consommation est en pleine expansion. Pour satisfaire les besoins des populations, les industriels durent augmenter les capacités de production des entreprises, par là même, les agrandir, voire les moderniser à outrance – entre parenthèse, si la robotisation réduisit les accidents corporels, elle engendra chez les travailleurs d'autres sortes d'accidents du travail, liées en particulier au stress et autres traumatismes psychiques et qui sont de plus en plus exacerbés. Un besoin de capitaux importants se fit sentir. Pressés par l'explosion du marché, et devant une alternative alléchante permettant de s'enrichir encore davantage, ils vont oublier allégrement le traditionalisme industriel de la vieille Europe et s'inspirer des capitalistes américains en faisant appel à des investisseurs. Le pas était franchit, un siècle de savoir-faire finissait entre les mains de financiers qui n'en avaient cure, seuls les dividendes de l'argent investi allaient devenir primordiaux. Et qui de plus vont emmener le capitalisme dans les rouages infernaux d'une spéculation sans foi ni loi.

Cependant, la mutation ne se fit pas brutalement, les investisseurs ont joué, dans un premier temps, le jeu de la croissance du pays dans lequel ils avaient investi. Puis, peu à peu, la mondialisation aidant, concrétisée en 1995 par la mise en place définitive de l'OMC (une forme similaire existait depuis 1947) ils ont été cherchés où il était possible d'engranger dans un temps record le maximum de profits.

Se ne sont pas là les seules raisons de l'éclatement de la classe ouvrière française – par exemple l'abandon d'énergie traditionnelle comme le charbon, etc. Qui sera lié aussi à une mondialisation économique déplaçant les pôles de production des capitalistes vers les pays émergeant, où la main-d'œuvre est encore taillable et corvéable à merci.

Aussi, le rapport à la politique à évolué rapidement et notre pays en est devenu un pays de service, avec en prime, une vocation touristique aléatoire.

L'union que constituait le monde ouvrier n'est plus, avec comme corollaire l'amoindrissement du Parti Communisme dans lequel celui-ci puisait sa principale force et son électorat. L'individualisme est de rigueur. Avant, même si ce ne fut pas toujours facile, face à des conditions de travail difficile on regardait la valeur de l'homme avant la couleur de sa peau ou celle de son origine. Maintenant qu'il y a moins de travail, et plus diversifiés, les liens sociaux qui auraient pu se créer n'existe plus. Le voisin est le concurrent.

C'est en partie à travers toutes ces thématiques nouvelles que Le Pen va piocher, ainsi que les néo-populistes de la droite, afin de récupérer des électeurs déstabilisés et qui sont prêts à concevoir qu'une solution extrême comme celle qu'il propose va régler leurs problèmes. Le score réalisé par Marie-Perrine le Pen lors des dernières législatives en est le meilleur exemple. Même si elle n'a pas confirmé au municipale, c'est probablement chez Sarkozy qu'une parte de ces gens déstabilisés se sont tournés. Aussi, tant mieux si d'autres ont réfléchi et sont revenus vers la vraie Gauche (il s'agit naturellement des partis que les biens pensants classeront à l'extrême gauche) où sont les valeurs de leurs passés, mais cela demande une confirmation.

Par ailleurs, j'ai bien peur pour l'avenir du parti communiste qui ayant du mal a cerné véritablement la disparition de la classe ouvrière et qui aurait du sentir que les prémices d'une montée d'opposition à ultralibéralisme venait d'ailleurs, du plus profond du peuple et ceci en dehors des partis politiques traditionnels.

On peut déjà poser une réflexion, en effet, je pense que l'on peut faire un distinguo entre le monde ouvrier et la classe ouvrière telle qu'elle était encore au début des années 70. Avec la disparition des grands centres industriels et miniers, ceux du textile, les chantiers navals, etc., l'éclatement d'une certaine classe ouvrière bien structurée est indéniable. Mais si le monde ouvrier dans sa capacité a augmenté, il est beaucoup plus difficile de fédérer des exploités épars, comme des employés de petites unités de restauration, des ouvriers de moyennes entreprises du bâtiment, voire des employés de banque disséminés au gré des agences, persuader et faire comprendre à opératrice de saisie d'une mutuelle, par exemple, qu'elle fait partie de la classe ouvrière, donc cette diversité est un frein à une cohésion revendicatrice. Pour ne rien arranger comme l'on sent de plus en plus l'abandon d'une véritable culture politique au profit d'une sorte de média-show articulé autour du concept de la pensée unique, on assiste à des effets revendicatifs sporadiques, souvent de castes, qui sans une réflexion idéologique resteront que du coup par coup et ne permettront peu d'avancées sociales profondes.

Certes dans l'état actuelle des choses l'urgence de se regrouper, de définir une stratégie de combat pour mettre fin à l'hégémonie du capitalisme est nécessaire, mais néanmoins doit rester que de circonstance. En effet il serait dangereux pour la diversité de la gauche qu'elle perde ses particularismes de pensée, ceux qui se veulent de Marx, ceux qui préfèrent Strosky, de Jaurès, Fourrier, etc., car on pourrait se retrouver dans le même cas de figure que le parti le parti socialiste qui à force de motions et de consensus à fini par sombrer dans l'uniformité de la pensée unique pour devenir une sorte d'assistance sociale du capitalisme..

Non, unissons-nous le temps de la lutte, mais gardons des formes de pensées différentes afin d'avoir toujours en l'esprit beaucoup d'ouverture permettant de mieux appréhender l'avenir.

Donc rien n'empêche ce que l'on doit remettre au gout du jour le débat idéologique, et alors pourquoi ne pas rouvrir les ouvrages de Marx, Trosky, Marcusse, Proudhon, Debord, etc. et tenter de faire sortir de ces réflexions philosophiques un enseignement pour notre société moderne.

Pour cela il faut créer une dynamique intellectuelle pour combattre ce qui à mon avis est le plus grand risque, celui de la pensée unique!






14/11/2008
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