Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

Des potagers pour l’Ecole !

Des potagers pour l'Ecole !


Thierry Brulavoine écrit mensuellement une chronique dans le journal « La Décroissance », mais il est avant tout professeur des écoles, en ZEP. Lors de nos discutions il s'était plaint de faire plus d'éducation que d'enseignement. Mais il ne s'avoue jamais vaincu et passant outre les labyrinthes administratifs il tente de donner une autre vision du monde à nos enfants, en leur proposant par exemple un jardin à l'école.

 Voilà un extrait de son expérience qu'il nous donne à lire dans le numéro 78 de « La Décroissance » : « Le joyeux hasard des rencontres a placé sur mon chemin un certain François Andrieux, passionné de jardins. Quelques coups de téléphones, un samedi pendant les vacances de février, sept adultes, quatre enfants et cinq heures de travail et… du désir ! Résultat : la création d'un magnifique jardin au carré qui fera école et permettra à ces enfants de la zone  d'éducation prioritaire de quitter un peu l'éducation hors sol des « serres » de l'Education nationale. Comme c'est subjuguant, comme la vie et l'attention renaissent dans les pupilles des gosses, lorsqu'il s'agit de planter du persil, de goûter de la ciboulette, d'observer l'évolution des semis…c'est le début des haricots. Nous, objecteur de croissance sommes des semeurs. Soyons confiant, de ces graines germera l'humanité de demain… »

 Les jardins dans les écoles sont en effet un excellent terreau pour faire germer un imaginaire autre que celui de plus en plus techno-scientiste que l'on veut nous imposer, il s'agit de la vraie vie. Alors, comme Thierry n'est pas le seul à aller dans ce sens, Jacques B. évoque la même chose et nous le conte à sa façon…

Un potager pour l'Ecole

Par Jacques B.

A l'école communale, l'instituteur nous emmenait dans son jardin pour y suivre la croissance des plantes, observer les bourgeons,  nous montrer la pratique de la greffe en fente ou en écusson, ou en promenade aux bords du Lay, pour découvrir les poissons et la pêche. Moi-même, instit, j'ai souscrit à cette «pédagogie», emmenant fréquemment mes élèves en «classe-promenade», pratique inventée par Célestin Freinet,  pour suivre les changements de la haie au cour des saisons,  inventorier et reconnaître les arbres et observer la faune des haies et des mares, visiter une ferme, un atelier d' artisan, les  invitant dans la classe pour  parler de leur métier et répondre aux questions, échangeant nos découvertes avec celles de nos correspondants d'ailleurs. L'écologie active était au programme. Je ne sais pas où on en est aujourd'hui, où on passe plus de temps devant l'écran de l'ordinateur que hors de la classe, et où les «instructions officielles» ne laissent plus aucune place à ces activités, considérées comme superflues, comme d'ailleurs l'enseignement de l'orthographe ou de la grammaire, autant de «modernisations» qui contribuent à un appauvrissement progressif de la pensée.

L'enfant est une éponge qui absorbe tout : la lecture, la grammaire, l'arithmétique, la natation ou le vélo (malheureusement aussi les catéchismes de tous poils), alors, pourquoi ne pas le confronter dès le plus jeune âge aux mystères de la nature, au miracle de la vie, en faire un vrai jardinier-bio, respectueux de l'environnement et  des techniques naturelles, acquérant une véritable sensibilité écologique tout au long de sa scolarité primaire ? Apprendre à plonger ses doigts dans la terre, voir germer un pois, planter une pomme de terre, observer le travail d'un lombric ou d'une abeille, les métamorphoses d' un têtard, savoir que les frites ne naissent pas coupées -congelées dans une poche en plastique, que le lait de la «brique» ne vient pas d'un robinet, mais du pis de la vache, que le poisson panné ne naît pas sous la forme d'un parallélépipède, que les haricots verts ne poussent pas dans des boîtes de métal, que la pollinisation est l'affaire des insectes, que sans eux , pas de fruits, être responsable d'un petit carré de terrain cultivé ou d'un élevage etc. voilà ce qui forge un éco-citoyen , beaucoup plus sûrement que n'importe quel CD-ROM.  Ce qui est ancré dans le vécu et le concret sera toujours plus solide et durable que le «virtuel» ou le subi, quelles que soient la résolution de l'image, la qualité de l'écran, le chatoiement des couleurs, ou le talent du conférencier.

Beaucoup d'instits de ma génération ont travaillé dans ce sens. Pourtant, quand j'ai été remplaçant, entre 95 et 2000, j'ai rencontré des centaines de classes dont les élèves n'avaient jamais franchi le portail de la cour de l'école pour autre chose que pour prendre le car, et qui ont vécu avec moi leur première, et souvent dernière, «classe-promenade». Il est vrai qu'aujourd'hui, le souci de la «SECURITE» empêche bien des activités. L'instruction et la culture sont des dangers pour les pouvoirs, c'est bien connu, et les gens qui président aux destinés de notre pays le savent bien. Et ils sont parfois «de gauche» ; pas vrai, M. Allègre ?

Quel ministre, de quel gouvernement,  restaurera une vraie formation pour les instituteurs, y incluant un projet autour du thème : «Un potager pour l'école» ?

                                                                                  Le 13/05/2011



14/05/2011
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