Le Ragondin Furieux

Le Ragondin Furieux

Agrippa d'Aubigné, quelques vers légers...

Le Soldat poète

 



Le fils de Jean d'Aubigné (Ecuyer, sieur de Brie en Saintonge, Bailli de Pons, Chancelier du roi de Navarre) naquit le 8 février 1552 -1551 si l'on fait commencer l'année à Pâques suivant la tradition à cette époque en Poitou et Saintonge- au château de Saint Maury, sis en Saintonge, à une lieue de Pons. Sa mère en mourant en le mettant au monde lui laissa en héritage le prénom d'Agrippa, contraction du latin « aegre partus » : enfanté avec peine, ce fut pour cet enfant les prémices d'une adolescence hors du commun. Né sous de tels auspices, cela augurait une vie d'exception…

     Sa plus tendre enfance sera celle d'une éducation studieuse, cependant souvent entrecoupée de période tumultueuse ; dont on peut supposer que cela influa sur vie d'homme qui ne sera pas une quête de conformisme uniforme.

Ayant perdu sa mère Catherine de L'Estang à la naissance, repoussé par sa belle-mère Anne de Limmour dès sa prime enfance, avant qu'il soit formé sous la férule de son père à venger les martyres de la cause protestante, celui-ci le fit initier par divers précepteurs aux lettres et langues anciennes. Il est de coutume de dire qu'entre sept et huit ans il étudiait déjà l'hébreu, le grec, le latin. C'est du moins ce que lui a prétendu sur ses vieux jours, mais comme parfois sa nature excessive le porta à enjoliver la vérité, la précocité d'un tel savoir nous laisse quelque peu septique. Au demeurant même si les dates sont un tant soit peu fantaisistes, il n'en reste pas moins que son immense instruction sera unani-mement reconnue.

       En 1550, l'agitation des réformés pour faire admettre leur foi différente n'était pas toujours clamée haut et fort. C'est sans doute le cas de Jean d'Aubigné puisque le 2 juin de cette année là, à Orléans, son mariage avec Catherine avait été consacré devant la Sainte Eglise Catholique et Romaine. Puis, ayant acquit une certaine maturité, quelques années plus tard le Bailly de Pons n'en sera plus à cacher ses préférences et affichera alors sans détour en 1560 son soutient aux conjurés d'Amboise, dont d'ailleurs il signera le manifeste. Le complot échoua et le Duc de Guise qui accepta mal que l'on ait voulu l'évincer se vengea de façon sanglante.

 

C'est en menant le jeune Agrippa a Paris auprès d'un nouveau précepteur que Jean d'Aubigné passa par Amboise, sitôt l'avortement de la conjuration, et là, il découvrit avec stupeur ce que l'on avait fait à ses compagnons ; leurs tètes décapitées et encore accrochées à des potences ne laissaient aucun doute sur le peu de pitié que Guise avait eu à leurs égards. Déchiré par ce sanglant spectacle, pris d'un courroux vengeur, Jean d'Aubigné en posant sa main sur la tète de l'enfant lui fit prêter ce serment : « Mon enfant, il ne faut point que ta tète soit épargnée, après la mienne, pour venger ces chefs pleins d'honneur ; si tu t'y épargne, tu auras ma malédiction. ».

 

A huit ans et demi le destin d'Agrippa fut ainsi scellé et inspiré par l'ardeur de sa foi il portera souvent à l'extrême les paroles de son père. Toutefois, d'un caractère parfois versatile et excessif, en plusieurs occasions il rompra le serment.

 

Devenu Huguenot dans l'âme à l'instar de celui qui deviendra son ami, Henri de Navarre – dont-il devint officiellement l'écuyer au printemps 1574 –, il passa une partie de sa jeunesse à guerroyer à ses côtés.

 

Pourtant, au regard de la rigueur morale prônée par la foi protestante, rigueur à laquelle il attacha beaucoup d'importance sur la fin de sa vie, paradoxalement son adolescence fut parfois débauchée, voire libertine.

 

Au cours de cette vie chaotique, Agrippa s'éprit de Diane Salviati en 1571. Des amours romantiques, fortes, incertaines, s'ensuivirent.

Fut-ce elle, le milieu familial dans lequel elle évoluait qui exacerba le goût de son amant pour la poésie ? Peut-être, car elle était la nièce de la belle Cassandre, l'inspiratrice de Ronsard.

             

            Mignonne allons voir si la rose…

     

      Bien née, elle fut éduquée dans sa prime jeunesse à la poésie car elle était la petite fille de Bernard Salviati qui fut bercé lui aussi depuis sa plus tendre enfance dans les arts et la littérature étant d'origine florentine et, pour la petite histoire, cousin de Catherine de Médicis.   


Quoi qu'il en soit, que Diane fut sa muse, ou qu'il ait eu ailleurs d'autres sources d'inspiration, il écrivit à cette époque, mais ne publia pas, un recueil de vers légers et tendres qu'on appelle son « Printemps ».                                                        

 

Amour ! que de beautés, que de lys, que de roses !

Mais pourquoi retient-tu tes pommettes encloses ?

Je t'ai montré mon cœur, au moins montre ton sein ?

 

Du passage d'Agrippa dans la famille de Diane, il en resta aussi une histoire étonnante, sans doute une légende. Il paraîtrait que ce fut sur la longue table de la cuisine du « château-forteresse » de Talcy – propriété en Beauce des Salviati – qu'Ambroise Paré trépana le poète.

 

L'idylle entre Diane et Agrippa dura deux ans. Follement amoureux, en n'oubliant pas la rose de Talcy qui avait éclos sous la plume de Ronsard : 

      

        « Ronsard si tu as su par tout le monde épandre

 L'amitié, la douceur, les grâces, la fierté,

 Les faveurs, les ennuis, l'aise et la cruauté 

 Et les chastes amours de toi et ta Cassandre,

 

 Je ne veux à l'envi pour sa nièce, entreprendre

 D'en rechanter autant comme tu as chanté, »,


il dédia néanmoins plusieurs poèmes à l'élue de son cœur, dont :

 

Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :

Je serai le laboureur, vous dame et gardienne.

Vous donnerez le champ, je fournirai la peine,

Afin que son honneur soit commun à nous deux.

 

Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux

Seront vers florissants, leurs sujets sont la

      graine,

     Mes yeux l'arroseront et seront sa fontaine

Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.

 

Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,

Soucis, oeillets et lys, sans épines les roses,

Ancolie et pensée, et pourrez y choisir

Fruits sucrés de durée, après des fleurs

d'attente,

 

Et puis nous partirons à votre choix la rente :

      A moi toute la peine, et à vous le plaisir

Une vie d'exeption, pages 3 à 7 (M. Mengneau)


On peut paraitre étonner lorsque l'on a lu d'autres poème de d'Aubigné par la llégèreté de ces vers, mais c'est là l'un des paradoxes de ce personnage parfois fantasque.


15/11/2008
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